Pierre Cahuc et Yann Algan nous offre une description que je trouve très juste de notre société corporatiste qu'il est désormais urgent de réformer.
- Le système social qui se crée à l'après-guerre est tout d'abord corporatiste, trait en partie hérité du régime de Vichy. Cette première caractéristique, qui nous différencie de la sociale-démocratie scandinave, signifie que les droits sociaux sont accordés en fonction du statut et de la profession. Les relations sociales sont ainsi segmentées entre ceux qui bénéficient de droits et les autres. Les régimes spéciaux de retraite sont un exemple symptomatique, la France étant le pays de l'OCDE avec le plus grand nombre de régimes spécifiques : cadres, fonctionnaires, artisans et commerçants, professions libérales, sans parler des multiples régimes spéciaux des grandes entreprises publiques ou de professions particulières (parlementaires, mineurs, clercs de notaire, marins, militaires, etc.). L'objectif des acteurs sociaux devient alors la sauvegarde des rentes de situation, comme le soulignent les grèves actuelles de la SNCF et de la RATP en opposition à la réforme de leurs régimes spéciaux de retraite. Cette segmentation de la société entre corps ne peut qu'alimenter la division et la suspicion.
- Le modèle social français entretient un véritable cercle vicieux. Le corporatisme et le dirigisme sapent les mécanismes de solidarité, ruinent le dialogue social et renforcent la défiance mutuelle, laquelle nourrit en retour les revendications catégorielles et l'appel permanent à la réglementation, favorisant ainsi l'expansion du corporatisme et du dirigisme.
Pour ces deux économistes la solution passe par des réformes qui:
- Les réformes doivent donc favoriser la limitation des situations particulières et dérogatoires, promouvoir le dialogue social et instituer une véritable mutualisation des risques liés au fonctionnement d'une économie moderne.
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